Skip to Main Content

 
 
noComment

Bernard Kouchner: “Nous devons nous entendre avec la Russie” 28/10 20:52 CET

interview

Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française est à Saint-PEtersbourg pour le Conseil de partenariat permanent entre l’Union européenne et la Russie. La France, qui assure la présidence tournante de l’Union s’attend à une reprise rapide des négociations sur un partenariat énergétique. Autres thèmes abordés: Géorgie, crise économique et présidentielle américaine.

euronews : Monsieur le Ministre, bienvenue sur euronews. Vous êtes ici à Saint-Pétersbourg au Conseil permanent de partenariat avec la Russie. Où en est-on avec les négociations sur un nouvel accord de partenariat entre l’Union Européenne et la Russie suspendues suite aux événements en Géorgie ?

Bernard Kouchner : Nous avons beaucoup à faire encore à propos du commerce, des visas, de la culture, des échanges, dans le cadre de cet ancien accord. Maintenant il s’agit d’un nouvel accord et évidemment on avait décidé de reporter les discussions sur ce nouvel accord entre l’Union Européenne et la Russie parce que les événements en Géorgie nous l’imposaient.

euronews : Est-ce qu’il y a quand même des progrès ?

Bernard Kouchner : Ecoutez, en Géorgie il y a eu des progrès parce que il y a eu un cessez-le-feu et d’une certaine manière un retrait des troupes en fonction d’un accord que le président Sarkozy, le président Medvedev, le président Saakashvili ont signé. Cet accord a été plus ou moins bien respecté et je constate, et c’est très malheureux, que la tension persiste autour de l’Ossétie, autour de l’Abkhazie, de ces territoires que la Russie a reconnus et qu’elle a été seule avec le Nicaragua à reconnaître, et que les pays européens ne reconnaissent pas. Mais il y a eu une rencontre à Genève, vous le savez, à cette rencontre tous les partis au conflit ont participé.

euronews : Vous considérez alors que la rencontre à Genève n’était pas un échec comme on le présente parfois ?

Bernard Kouchner : Vous savez, c’est facile de considérer que c’est un échec surtout quand on ne fait rien. Et la seule qui a fait quelque chose, c’est l’Union Européenne et évidemment la Russie et la Géorgie qui ont participé. Oui, on peut dire que c’est un demi-succès, on peut dire aussi, quand on est pessimiste, que c’est un demi-échec. Moi, je préfère demi-succès.

euronews : Du côté russe, on reproche souvent à l’Occident la politique de doubles standards dans l’approche du conflit du Kosovo et du conflit en Géorgie. Vous qui connaissez ces deux conflits de très près, est-ce que vous pouvez tracer des parallèles ?


Bernard Kouchner : Ce n’est pas pareil. D’abord, il y a eu le Kosovo qui impose d’une certaine façon la situation au Kosovo. Les Serbes et les Kosovars ensemble imposent à la communauté internationale de prendre des décisions, il a fallu des années. Pendant ces années, Madame, il y a eu des négociations, un groupe de contact pendant près de deux ans. Et puis une conférence à Rambouillet. Et puis en effet des décisions des Nations Unis et des résolutions et puis il y a eu aussi plus de deux ans de négociations où les deux protagonistes n’ont pas voulu se parler, alors, ce n’est pas du tout pareil ! Il y a eu vraiment des tas d’efforts pour qu’une décision politique arrive à se dessiner, soit dessiné par les protagonistes au Kosovo. Ce n’est pas le cas pour la Géorgie même si en 1992 il y avait déjà eu des rebellions et des gens qui ont été chassés de chez eux et des personnes déplacées. Je crois que là, la brutalité, la soudaineté du combat a frappé toutes les opinions publiques. Mais en effet nous devons parler avec nos amis russes, nous devons parler avec nos amis géorgiens aussi. Nous devons aider les Géorgiens à se sortir de cette affaire, nous devons aider nos amis russes à établir la paix avec les Géorgiens.

euronews : Monsieur le Ministre, parfois on parle d’un soi-disant club des amis russes dans l’Union européenne dont la France fait partie. Est-ce qu’il existe vraiment une différence dans la politique envers Moscou entre les anciens membres de l’UE et les nouveaux membres issus en particulier des ex-pays communistes ?

Bernard Kouchner : Oui, je comprends votre question. Bien sûr, pour nous et d’ailleurs les six membres fondateurs de l’UE ont une attitude assez commune. Ensemble, nous considérons et les autres aussi, pas seulement les 6 fondateurs, nous considérons que nous sommes sur le même territoire, notre voisin est la Russie, la Russie est sortie du communisme il y a à peine 20 ans. Finalement tous ça c’est très court en terme historique. Et finalement les choses évoluent plutôt dans le bon sens. Nous devons nous entendre avec la Russie. Il n’y a pas de solution militaire à tout ça, mais une solution fraternelle de développement et surtout une solution très commune dans la crise actuelle qui frappe la Russie comme elle frappe l’Occident en général, n’est-ce pas ? Alors, il y a des pays qui sortent, vous l’avez dit, d’un parcours avec l’Union Soviétique qui leur a laissé de très mauvais souvenirs. Et le souvenir chez certains pays arrivés plus récemment dans l’UE où nous sommes 27, ce n’est pas facile, il faut obtenir une unité des 27. Et bien, certains pays ont des souvenirs douloureux en effet et ils reprochent une politique assez dure de la Russie.

euronews : Pourtant l’unité n’est toujours pas là. Pendant le sommet Européen sur l’énergie, on a vu à quel point l’Europe est encore loin de développer une position commune en matière d’énergie. Quelles mesures proposez-vous pour arriver à cette politique énergétique commune ?

Bernard Kouchner : Ce ne sont pas les mesures techniques qui sont importantes, c’est que l’on soit d’accord avec les 26 autres pays. Et les 27 ne sont pas loin d’un accord. Les 27 contrairement à ce que vous dites, sont beaucoup plus d’accord qu’entre l’Europe et les Etats-Unis, n’est-ce pas ? Je parle des accords de Kyoto, de toutes les rencontres qui sont prévues, je parle des accords de Bali.

euronews : Et en parlant des Etats-Unis, bientôt il y aura des changements, il y aura un nouveau président à la Maison Blanche. Pensez-vous que ce changement aux Etats-Unis va changer quelque chose dans les relations Europe/Etats-Unis, surtout si c’est le candidat démocrate qui gagne cette élection ?

Bernard Kouchner : Je pense que ça va changer quelque chose, quelque soi le candidat. Disons que la suprématie mondiale des Etats-Unis, même s’il reste un pays extrêmement fort, il sera sans aucun doute au premier rang. Je crois que ça va changer, qu’il y aura un rééquilibre à trouver, une nouvelle façon de réfléchir sur le monde avec l’Europe, avec l’Asie, avec le reste de la planète, et bien sûr les Etats-Unis. Maintenant tout le monde est ensemble sur une petite boule qui s’appelle la Terre, pas seulement les Etats-Unis, pas seulement le dollar, pas seulement nos amis américains. Et disant cela, je ne les critique pas, je crois que c’est un changement qui s’impose.

euronews : Vous êtes depuis longtemps dans la politique, en passant par l’humanitaire. Selon vous, le monde d’aujourd’hui est-il plus dangereux ou moins dangereux qu’avant ?
Est-ce qu’on peut parler de l’arrivée d’une nouvelle guerre froide sous une autre forme ?

Bernard Kouchner : Je ne crois pas. D’ailleurs il y avait beaucoup plus de guerres qu’il n’y en a maintenant, il y avait beaucoup plus de victimes. Pour régler les problèmes économiques de la planète, il faut faire la part nécessaire au développement. Pendant que nous parlions, pendant que nous affrontions et la Géorgie et la crise économique et bien d’autres choses depuis un an, il y a eu 250 millions de personnes, en plus – c’est près d’un milliard – qui, se levant le matin, ne savent pas s’ils vont manger le soir, cela, il ne faut pas l’oublier, très important. Les problèmes des riches et de possesseurs de parts ne sont pas négligeables, sûrement pas – ce n’est pas moi qui le dirais – mais ce n’est pas ça l’essentiel.

euronews : Monsieur le Ministre, merci pour cet interview.

Bernard Kouchner : J’espère que je n’étais pas trop pessimiste, je suis plein d’espoir en réalité. Il fallait en passer par là, c’est le moment au contraire de rebondir sur cette crise, de se servir – pardonnez-moi cette expression – de cette crise, d’en faire une utilisation positive.

JavaScript est nécessaire pour regarder cette vidéo